Discours d’introduction au vote du Sdrif
Discours d’introduction
au vote du Schéma directeur
de la Région Île-de-France
25 septembre 2008
Monsieur le Président de la Région Île-de-France, de cette fameuse « Région Capitale », cher Jean-Paul, merci. Merci à vous, aux élus de la majorité dont le soutien ne s’est jamais démenti, plus largement merci à vous toutes et à vous tous, dans la diversité politique de cette assemblée. Vous avez montré, à de nombreuses reprises, votre capacité à accepter d’entendre (je ne dis pas de partager forcément) de nouvelles logiques, et c’est ainsi que nous avons pu progresser. Notamment grâce aux débats dans les commissions régionales, où les jeux de rôle cèdent devant la réflexion véritable.
Les votes ensuite ou les postures d’assemblée obéiront à la loi du genre, mais je voulais au moins saluer ce climat de travail et la qualité de nos confrontations.
Merci aussi aux collaboratrices et collaborateurs, qui ont permis le travail des groupes, et aux services de la Région, que je saluerai particulièrement à la conclusion de cet exercice.
Il fallait oser, cher Jean-Paul, en 2004, confier ce schéma directeur à quelqu’un qui n’était pas de ta famille politique. Il fallait oser, le confier à une écologiste. Et (même si c’est une différence que je mets rarement en avant, je voudrais le faire ici) il fallait oser confier le projet d’avenir de la Région à une femme. Merci de nous avoir permis de pulvériser une fois de plus le plafond de verre.
Il fallait oser…d’autant plus que les premiers débats ont montré que nous n’étions pas spontanément convergents sur la logique (l’ordre des défis!) et sur les éléments saillants de ce texte (la densification!). Il nous a fallu bien des échanges, des clarifications, il nous a fallu une totale ouverture d’esprit pour écouter sans a priori et entendre des raisonnements qui ne nous étaient pas si familiers.
La confiance, l’écoute et la conviction nous ont permis d’arriver ensemble, ici, aujourd’hui!
Donc nous y sommes.
Aujourd’hui, 25 septembre 2008, après 4 ans de travail, c’est avec une grande émotion que nous vous soumettons aujourd’hui le schéma directeur de la région île de France.
Avec une grande émotion, mais aussi une certaine gravité.
Cette date, j’en ai la conviction, restera dans l’histoire de la planification, dans l’histoire de la Région Île-de-France, et dans l’histoire de la décentralisation.
Je parle régulièrement de mutation lorsqu’il s’agit d’analyser les bouleversements énergétiques, écologiques et sociaux que nous connaissons. Mais cette fois, nous faisons face à une nouvelle mutation, qui nous concerne, en tant qu’élus, au premier chef : la mutation des relations entre collectivités territoriales.
Oubliez l’Etat jacobin. Mais relisez le premier article de notre Constitution : « la France est une République décentralisée ». Grâce au SDRIF, la région Île-de-France a pris en main cette décentralisation, a mis en place de nouveaux modes de gouvernance, et posé des jalons pour l’avenir.
Cette nouvelle gouvernance se fonde sur une collaboration renouvelée entre collectivités territoriales, et entre celles-ci et l’Etat.
Il est loin le temps où l’Etat pouvait décider seul. Aujourd’hui, plus personne ne peut décider seul. Nous sommes au 21ème siècle, et les défis qui nous font face appellent à une nouvelle solidarité : la solidarité des autorités publiques. Nous devons apprendre à nous écouter, et à dialoguer. Nous sommes dans le même bateau, nous allons devoir ramer ensemble.
C’est cette nouvelle gouvernance que nous avons appliquée au SDRIF. Une gouvernance que nous avons placée sous l’égide de deux principes qui nous sont particulièrement chers : la démocratie et la responsabilité.
La démocratie est le premier garant de notre vivre ensemble.
La démocratie, c’est la consultation.
Avec plus de 50.000 contributions, une enquête publique pour 12 millions d’habitants. Combien d’ateliers thématiques ? Combien d’ateliers territoriaux sur l’ensemble de l’île de France? Combien d’amendements au projet de SDRIF ?
Les amendements je m’en souviens : ils étaient plus de 2.500 !
La démocratie, c’est le dialogue.
Le dialogue entre tous les acteurs franciliens. La révision du schéma directeur de la Région Île-de-France a mobilisé des femmes et des hommes de tous horizons : institutionnel, associatif et privé. Grâce à un échange constant, entre tous les élus, quel que soit leur « échelon territorial », nous avons maintenu une ferme volonté d’aboutir.
La démocratie, c’est la coopération.
Nous avons construit en permanence avec les chambres consulaires, les intercommunalités, le CESR. Je ne pourrais pas tous les remercier, mais je tiens à adresser au Président Boucherat et à l’ensemble de son assemblée mes plus sincères remerciements pour le travail réalisé.
La démocratie.
La démocratie, mais aussi la responsabilité.
Et la responsabilité, c’est préparer l’avenir.
C’est prendre acte de l’émergence d’un monde nouveau, un monde en mutation auquel nous devons nous adapter. C’est prendre la responsabilité collective d’aménager une Eco Région socialement équitable, écologiquement vivable, et économiquement attractive.
…
C’est fou comme c’est vite dit… « socialement équitable, écologiquement vivable, et économiquement attractive. »
Est-ce que ce simple slogan peut traduire la somme de travail qui a été nécessaire pour parvenir au résultat qu’on vous présente aujourd’hui ?
Allez, je vous l’avoue : oui, ça a été difficile. Et compliqué. Mais tant mieux ! La responsabilité, c’est aussi la difficulté ! La facilité ne mène qu’au consensus mou.
Mais pas à ce SDRIF.
On nous avait prévenus : « la densité ? impossible ».
Et pourtant, on s’attaque à l’étalement des villes. L’Île-de-France est aussi une région d’agriculteurs : à l’heure de la crise alimentaire mondiale, on ne peut plus laisser les constructions désordonnées gaspiller l’espace et grignoter les surfaces agricoles. L’espace est un bien rare. Grâce aux fronts urbains, il faudra désormais « faire dense », et construire de la ville sur de la ville. Se loger ou se nourrir, il ne faudra plus choisir.
On nous avait prévenus : « 60.000 logements par an ? impossible ».
Et pourtant, on fixe un objectif de construction d’1,5 million de logements d’ici 2030. Suffisamment pour assurer le développement économique, et la résolution de la crise du logement.
On nous avait prévenus : « 30% de logements sociaux ? impossible ».
Oui nous visons en 2030 une part de 30% de logements sociaux dans le parc francilien. Et c’est un objectif qui est en soi porteur de dynamique économique.
Construire, et plus encore. Vivre en ville doit prendre un autre sens et une nouvelle dimension politique.
A quoi ressemblera l’univers urbain du 21ème siècle, celui que partagera l’immense majorité de citoyens, au moins en Europe, demain ? Il existe plusieurs récits possibles de la ville. Elle peut devenir demain, si nous n’y mettons pas toute notre énergie, sécuritaire et inégalitaire. La ville de demain, nous la voulons solidaire et pacifiée, et cela demande de la bâtir dès aujourd’hui équilibrée socialement, sobre en énergie, préoccupée d’accès à la formation pour tous, et pourvu d’espaces publics de très grande qualité. Nous nous y employons à travers ce SDRIF, comme d’ailleurs à travers le Contrat de Projet, signé avec l’État et en référence à ce projet, déjà largement adopté par cette assemblée en février 2007.
« Alors votre SDRIF n’est « que » écolo ».
Oui, ce schéma est marqué par l’écologie politique. A l’heure du Grenelle, c’est la moindre des choses. Même si nous avons commencé bien avant. C’est parce qu’il s’inscrit dans le développement durable que ce SDRIF produit de l’égalité, de la solidarité, de la cohésion par le sentiment d’un destin commun, et parce que nos politiques sont équitables.
C’est aussi pour cela qu’il porte tout le potentiel d’un dynamisme économique renouvelé. Anticiper les contraintes, identifier les besoins nouveaux de biens et de services, s’appuyer sur l’innovation : c’est notre projet, nous qui ne stigmatisons pas cette région, ni Paris comme nous avons encore entendu de hauts responsables de l’État le faire il y a quelques jours.
Ce schéma directeur, c’est de l’ambition politique puissante, au sens le plus noble du terme.
L’ambition d’un projet qui inverse les logiques classiques de développement. Désormais, le développement économique est mis au service d’un projet de société. Nous affirmons clairement qu’une véritable dynamique économique durable nécessite deux préalables :
• d’abord une forte cohésion sociale, en réduisant les inégalités sociales et territoriales ;
• ensuite, une vision prospective du défi énergétique et des nouveaux enjeux environnementaux.
Voilà comment nous préparons la région aux mutations du monde, et comment nous garantissons, pour demain, l’amélioration de la qualité de vie de nos concitoyens !
…
La démocratie et la responsabilité.
La consultation, le dialogue et la coopération.
L’avenir, la difficulté, l’ambition.
Vous le savez, nous ne sommes pas les seuls à nous préoccuper du SDRIF. D’autres, dans de plus hautes sphères, s’en inquiètent beaucoup également, même s’ils en parlent peu (vraiment très peu), ou moins bien.
On nous dit « il y a plus dans deux têtes que dans une ». Mais y a-t-il plus dans la tête de 10 architectes que dans la tête des 12 millions de franciliens qui ont participé à l’enquête publique ? Y a-t-il plus dans la tête d’un Secrétaire d’Etat que dans la tête de 209 élus régionaux ?
…
Nous sommes les représentants des 12 millions d’habitants de l’Île-de-France.
Nous avons la représentativité et la légitimité,
Nous avons la loi et la Constitution.
Et nous avons à la fois la force et l’humilité que donne la conviction d’avoir écouté beaucoup, vraiment beaucoup, en regardant à la fois le très proche et le lointain, le monde tel qu’il est et l’avenir tel qu’il se dessine.
Nous vous proposons aujourd’hui un projet de Schéma Directeur qui nous prépare aux mutations du 21ème siècle, en respectant les citoyens, tous les citoyens, et le jeu républicain.
Je vous remercie.